23 mars 2008
Programme pour le XXIème siècle: les années 80
Après une semaine de fausse désertion (car j’étais là), retour vers l’actualité politique de notre cher hexagone.
Les grandes questions que nos journaux se posent à l’issue de la dernière séquence électorale portent sur les leçons que vont en tirer vainqueurs et vaincus. Et bien, à lire le JDD de ce dimanche 23 mars, nous n’allons pas être déçus. Au PS comme à l’Elysée : c’est radio nostalgie. Retour aux années 80.
Le JDD, p.6, titre au sujet du PS : « Retour au sérieux ? ». Notez bien le très à propos point d’interrogation. Car à la lecture de l’article, on s’interroge, en effet.
Que lit-on ? Une initiative sous forme de pétition, celle de Pierre Larouturou, soutenue par Michel Rocard, et, nous dit le journal, « par plusieurs dizaines de parlementaires et des milliers de militants », propose un « plan concret de remise au travail, après cinq ans de paresse intellectuelle ». Il s’agit de trouver un nouveau contrat social en réunissant immédiatement économistes, syndicalistes, chefs d’entreprises… « comme cela s’était fait aux Pays-Bas à Waasenaar en 1982 et qui avait permis en quelques années de diviser par deux le chômage et la précarité » (dixit la pétition). Que dit encore cette pétition ? Que le PS doit trouver avec ses 26 partenaires de nouvelles régulations faisant de l’Europe un espace de compétitivité économique, de développement durable et de bien-être social ».
Notez bien les petites expressions anodines : « le nouveau contrat social », « les nouvelles régulations », la cohabitation d’économistes éclairés, de syndicalistes d’ouverture et de chef d’entreprises militants d’un modèle social garantissant leur modèle économique. Cela ne vous rappelle-t-il rien ?
Allez. Cherchez un peu…
Mais oui.
La
So
cial
Dé
mo
Cra
Tie.
La bonne vieille social-démocratie.
Et quel modèle pour s’inspirer et réaliser ce vieux rêve rocardo-strausskahnien ? Les Pays-Bas ?
Et quelle réussite nous dit-on ? La réduction du chômage et de la précarité. Divisés par deux.
Alors vérifions.
Jean-Luc Mélenchon, dans En quête de gauche, dénonçait, il y a peu, les mythes sur « le modèle danois de flexisécurité » ou encore le « modèle britannique de plein emploi », que les sociaux-démocrates de la France entière se vante de vouloir copier. On y apprend qu’au Danemark le chômage n’a pas été miraculeusement réduit par la « flexisécurité » mais dégonflé en retirant artificiellement du marché du travail des centaines de milliers de salariés. « Le Danemark compte douze fois plus de préretraités que la France en proportion de la population ! Propose-t-on d’en faire autant chez nous ? », s’interroge le sénateur de l’Essonne.
Et il ajoute : « Sait-on que les travailleurs considérés comme invalides représentent 10% des actifs au Danemark ? C’est l’équivalent du résultat d’une guerre ! »
Et de conclure que si on intégrait cette cohorte d’invalides dans le marché du travail et qu’on la ramenait à ce qu’elle est en France, le taux de chômage serait de 14%, bien loin des 6% officiellement affichés.
Quant à l’avenir électoral social-démocrate, il n’est guère plus engageant. L’une des grandes caractéristiques de la social-démocratie actuelle, n’est-elle pas de s’allier aux partis de droite lorsqu’elle ne parvient pas à garder le pouvoir seule. L’exemple le plus significatif est évidemment la grande coalition SPD/CDU en Allemagne. Mais, l’expérience s’est étendue au Pays-Bas (promus nouveau modèle donc par le PS). Le Parti travailliste est en coalition avec la droite depuis fin 2006. Et pire que cela, il ne s’agit pas de coalitions où la droite fait l’appoint dans des gouvernements dirigés par la gauche mais l’inverse. Ainsi, en Allemagne, Angela Merkel et au Pays-Bas, Jan Peter Balkenende, sont-ils des Premiers ministres de droite.
Tristes perspectives, donc. Surtout en France où tous les commentateurs sont d’accord pour dire que si le PS gagne de plus en plus les élections locales (municipales, départementales, régionales), il perd de plsu en plus lourdement les élections nationales. Jusqu’où iront les éléphants du PS pour reconquérir leurs maroquins ministériels ?
Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy, lui, continue à faire le show. Mais « un président nouveau est arrivé » titre le JDD, p. 4. Et en effet, fini les voyages sur AirBolloré et les séjours au ClubBolloré, fini les photos people. Désormais, au programme, Elisabeth II, l’hommage au dernier poilu, un recueillement « très gaullien » sur le plateau des Glières.
Et l’inauguration du dernier sous-marin nucléaire, Le Terrible, à Cherbourg avec un discours qui « revient à la doctrine nucléaire de Mitterrand » nous dit 20 minutes.
Je vous l’avais dit. A gauche comme à droite, bienvenue dans les années 80.
D’un certain côté c’est rassurant. Cela veut dire qu’il y a encore des murs à faire tomber…
Mais les années 80, c'était aussi ça, loin des fadeurs de ce pauvre PS social-hypocrite...
Nota bene: comme d'hab', l'illustration du début est inspirée d'affiches publicitaires vues dans le métro cette semaine.
16:55 Publié dans PS et compagnie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, PS, Sarkozy











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